Dédicace à la joie

Bien trop vieux pour le square, étions à l’abreuvoir
Etions là mais encore, à quoi faire je l’ignore
Une soirée banale, tabouret pour cheval
où l’euphorie n’était qu’un jeu dont les effets

Sur nos visages blancs tissait comme un ruban
Digne des empereurs, comme un tissu de fleurs
Nous étions sublimes, consentantes victimes
des leurres salutaires qui nous tiennent en l’air

En bref étions tous, rougeoyantes frimousses,
Exilés du réel, bambins et virtuels
Soudain à contre-voix, l’un de nous se leva
et dit « je suis trop bien ne me dites plus rien

Je suis au paroxysme de mon funambulisme
Pas un mot, plus un cri, ne faites plus de bruit
Ma raison et mon cœur sont enfin frère et sœur
votre amitié m’inonde, hors d’ici tout le monde
Oui, je vous aime bien mais là tout me convient
et voudrait rester seul, cette joie à la gueule »

Nous comprîmes alors que nous étions désor-
mais indésirables et quittions la table
Le bonheur est étrange, voyez-vous comme il mange
l’âme de nos amis au détour d’un demi

Oh, comme il nous sépare, au milieu de la foire
Doucement nous partîmes et d’un geste, d’un mime,
Saluâmes celui qui nous était repris
nous étions un de moins et le jour était loin.